Ugo Cipriani (13 août 1887 – 18 juin 1960) était un sculpteur italien dont l’œuvre incarne l’élégance et le dynamisme du mouvement Art Déco. Né à Florence, en Italie, il était le fils d’Adolfo Cipriani, un sculpteur de renom. Très tôt, il fut immergé dans l’univers de la sculpture, une tradition qu’il allait perfectionner au sein de la prestigieuse Accademia di Belle Arti di Firenze. Il y maîtrisa divers matériaux, travaillant le marbre, la terre cuite, le bronze et l’albâtre, chaque médium lui offrant de nouvelles possibilités pour explorer le mouvement et la forme.
Les années 1920 marquèrent l’apogée de sa carrière, une période où l’esthétique Art Déco—mettant l’accent sur l’élégance des lignes, la dynamique du geste et l’ornementation stylisée—forma sa vision artistique. Ses figures, caractérisées par une fluidité gestuelle et un équilibre harmonieux entre idéalisation et naturalisme, devinrent emblématiques de ce style raffiné. Parmi ses œuvres les plus célèbres figure l’imposant monument en bronze de Guglielmo Oberdan, inauguré en 1919 sur la place du même nom à Florence. Cette commande publique consacra sa réputation en tant que sculpteur capable de concilier la solennité historique avec une sensibilité moderne et raffinée.
Cependant, la montée du régime fasciste de Mussolini en Italie assombrit la vie et la carrière de Cipriani. En 1935, contraint de fuir la persécution politique, il trouva refuge en France, s’installant à Paris en tant qu’exilé. Bien que déraciné, il demeura profondément attaché à son art, poursuivant son œuvre avec la même passion qui avait marqué ses débuts. Dans ce nouveau cadre, il adapta son travail aux goûts évolutifs du milieu artistique français, produisant des sculptures qui reflétaient à la fois ses racines classiques italiennes et la stylisation avant-gardiste de la France de l’entre-deux-guerres.
Durant son séjour à Paris, il aurait travaillé sous plusieurs pseudonymes, dont "Menneville" et "Uriano", une pratique qui intrigue encore les historiens de l’art et les collectionneurs. Ces noms, attestés par ses enfants Lydia et Gabriel, laissent penser que l’anonymat en exil était une nécessité, lui permettant de poursuivre son métier malgré les bouleversements de la guerre et de l’exil.
L’œuvre sculpturale de Cipriani se distingue par son ampleur, allant des bustes aux figures dynamiques de pêcheurs en passant par de sensuelles figures féminines. Sa capacité à fusionner les techniques classiques avec l’élégance et la modernité de l’Art Déco lui conféra une place singulière, faisant de lui un artiste recherché en Italie et en France. Qu’il s’agisse de bronze ou de marbre, ses sculptures dégagent un charme intemporel—une alliance de grâce, de mouvement et d’une parfaite maîtrise des matériaux.
Malgré les épreuves de l’exil, Cipriani resta actif jusqu’à sa disparition en 1960. Son héritage perdure à travers ses nombreuses œuvres, dont beaucoup sont aujourd’hui conservées dans des collections privées, des galeries et de prestigieuses ventes aux enchères, où elles continuent de fasciner amateurs et connaisseurs de la sculpture du début du XXe siècle. Aujourd’hui, Ugo Cipriani est reconnu non seulement comme un sculpteur d’un raffinement exquis, mais aussi comme un artiste à la croisée des mondes—entre l’Italie et la France, la tradition et la modernité, l’exil et l’appartenance.