Biographie
Origines et Jeunesse (1876-1890)
Edmond De Maertelaere naît le 8 octobre 1876 à Gand (Gent), fils de Polydorus De Maertelaere et de Maria Theresia Van Der Straeten. Dès son plus jeune âge, il manifeste un talent artistique remarquable qui le distingue de ses pairs.
Formation Précoce et Premiers Succès (1890-1898)
À seulement 14 ans, Edmond remporte un premier prix en dessin décoratif à l'école des arts industriels (Nijverheidsschool), révélant précocement ses capacités exceptionnelles. Encouragé par ce succès, il s'inscrit à la Koninklijke Academie van Teeken-, Beeldhouw- en Bouwkunde (Académie royale de dessin, de sculpture et d'architecture) de Gand.
En 1898, il termine brillamment sa formation en remportant la médaille d'or et une bourse de trois mille francs, somme considérable pour l'époque qui représentait une petite fortune. Cette reconnaissance officielle marque le début d'une carrière prometteuse.
Le Séjour Parisien et l'Académie Julian (1898-1900)
Grâce à sa bourse, De Maertelaere se rend à Paris où il se perfectionne pendant deux ans à la prestigieuse Académie Julian, sous la direction de Jean-Paul Laurens. Durant cette période formatrice, il a pour condisciple Paul Gauguin, côtoyant ainsi l'avant-garde artistique parisienne de la fin du XIXe siècle.
Les Grands Voyages Artistiques (1898-1905)
Sa bourse lui permet également d'entreprendre des voyages d'étude essentiels à sa formation. Il visite Florence, Rome, Vienne et Munich, où il étudie minutieusement les œuvres des grands maîtres de la Renaissance et des écoles européennes.
C'est en Bretagne, dans le village artistique de Pont-Aven, qu'il trouve un climat artistique idéal qui marque profondément son style. Ce lieu, déjà célèbre pour avoir accueilli Gauguin et l'école de Pont-Aven, inspire particulièrement le jeune artiste.
Installation à Gand et Vie Professionnelle (1900-1927)
Après sa période parisienne, Edmond De Maertelaere s'installe définitivement dans le Saint-Élisabethbegijnhof (béguinage Sainte-Élisabeth) à Gand, au numéro 11 de la Sophie Van Akenstraat, une vaste demeure où il vivra et travaillera toute sa vie.
Nommé professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Gand, il fait preuve d'une remarquable discrétion professionnelle. Contrairement à nombre de ses contemporains, il ne participe ni aux grandes expositions collectives officielles, ni aux salons locaux. Ce caractère indépendant et volontairement retiré nuit à la diffusion de son nom mais lui permet de développer une clientèle d'amateurs éclairés qui apprécient et acquièrent ses dessins, aquarelles, gouaches, pastels et peintures à l'huile.
L'Artiste Voyageur et Cosmopolite (1900-1938)
Pour son époque, De Maertelaere est un artiste remarquablement voyageur. Il séjourne et travaille régulièrement à l'étranger, visitant à plusieurs reprises l'Allemagne, l'Angleterre, la France, l'Italie, les Pays-Bas, l'Autriche, l'Espagne et la Suisse. Ces voyages enrichissent constamment sa vision artistique et lui permettent d'exposer dans divers pays européens.
Ostende occupe une place particulière dans son cœur et son œuvre. Il affectionne particulièrement cette ville balnéaire belge et y séjourne fréquemment, capturant l'atmosphère du port, la vie des pêcheurs et les scènes maritimes qui deviendront des thèmes récurrents de sa production.
Mariage et Vie Familiale (1927-1938)
En 1927, à l'âge de 51 ans, Edmond De Maertelaere épouse Augusta Van Acker, qui fut son élève. Elle est la fille d'un fleuriste de Lochristi, détail qui n'est pas anodin compte tenu de l'importance des natures mortes florales dans l'œuvre du peintre. De cette union naîtra en 1934 un fils, Raphaël, qui deviendra plus tard décorateur à la VRT (télévision flamande) jusqu'à sa retraite.
Style et Thématiques
De Maertelaere excelle dans de multiples genres et techniques artistiques :
Natures mortes : Véritables tours de force techniques, ses compositions florales (dahlias, chrysanthèmes, roses, tournesols, pivoines) se distinguent par leur virtuosité dans le rendu de la matière, leur palette colorée et leur présence monumentale qui leur confèrent une grandeur exceptionnelle.
Portraits et figures : Il peint le monde des pêcheurs, les nus féminins, des scènes mère-enfant, des tableaux de ballet et de danse, ainsi que des portraits variés incluant notamment des enfants en costume marin.
Paysages : Forêts, sous-bois, vues du port d'Ostende et scènes rurales témoignent de son attachement à la nature et à la vie maritime.
Sujets religieux et symboliques : Ses œuvres de genre comprennent des sujets religieux et des compositions à forte charge symbolique. Son tableau "La Crucifixion" sera d'ailleurs offert en 2013 à l'église du béguinage Sainte-Élisabeth de Gand.
Activités Artistiques Diversifiées
Au-delà de la peinture, De Maertelaere déploie ses talents dans de nombreux domaines :
- Conception d'affiches, notamment pour les célèbres Floralies gantoises
- Création de vitraux pour églises, dont l'église d'Erwetegem
- Illustration d'ouvrages littéraires
- Réalisation de commandes privées, comme un sous-bois représentant une allée du parc du château de Leeuwergem
- Exécution de nombreuses peintures murales, dont une série remarquable de neuf vues suisses pour le restaurant "Den grooten Vos" dans la Rodenbachstraat à Gand
Reconnaissance et Position Artistique
Edmond De Maertelaere appartient à cette génération d'artistes belges qui, entre les deux guerres mondiales, furent relégués au second plan par la montée de l'expressionnisme. Son réalisme poétique, teinté par endroits de symbolisme, ne s'inscrivait plus dans l'atmosphère d'expression idéoplastique qui dominait alors.
Néanmoins, il reçoit de nombreuses distinctions, premiers prix et reconnaissances officielles tant en Belgique qu'à l'étranger. Sa technique virtuose, sa maîtrise exceptionnelle de la couleur et sa capacité à recréer la matière avec brio lui valent l'admiration des connaisseurs.
Présence dans les Collections
Ses œuvres sont aujourd'hui conservées dans de prestigieuses institutions :
- Musée des Beaux-Arts de Gand : "Nature morte aux dahlias"
- M.i.a.t. (Musée de l'Industrie, du Travail et du Textile) : "Bleu d'Outremer"
- Huis van Alijn (Gand) : "Ruines de l'Abbaye Saint-Bavon"
- Musées de São Paulo et Rio de Janeiro (Brésil)
- Musées au Texas (États-Unis)
- Collections à Vienne (Autriche) et Stockholm (Suède)
- Nombreuses collections privées
Décès et Héritage (1938)
Edmond De Maertelaere meurt le 4 novembre 1938 à Gand, à l'âge de 62 ans. Il laisse derrière lui son épouse Augusta et son jeune fils Raphaël, alors âgé de quatre ans seulement.
Un Maître Discret du Réalisme Poétique
Peintre de genre et de natures mortes par excellence, Edmond De Maertelaere représente une facette importante mais souvent méconnue de l'art belge du début du XXe siècle. Son choix délibéré de rester en marge des circuits officiels, son indépendance farouche et sa discrétion professionnelle expliquent que sa renommée ne fut pas à la mesure de son immense talent technique.
Ses œuvres, caractérisées par une virtuosité technique remarquable, un coloris éclatant et une capacité exceptionnelle à rendre la matière, donnent au spectateur l'impression d'une puissance considérable. Chaque nature morte devient sous son pinceau une célébration de la vie, de la lumière et de la couleur.
Homme de son temps mais résolument fidèle à une tradition picturale classique, De Maertelaere incarne cette génération d'artistes belges qui, tout en côtoyant les avant-gardes, choisit de poursuivre une voie personnelle, celle d'un réalisme poétique d'une qualité exceptionnelle. Son œuvre demeure un témoignage précieux de la richesse et de la diversité de la scène artistique belge entre les deux guerres.
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